Energie et climat : interpellez les candidats en trois clics

Vous trouvez que l'énergie et le climat n'occupent pas assez de place dans la campagne présidentielle ? Prenez la parole et interrogez les candidats sur leurs programmes, grâce à ce robot c'est l'affaire de quelques secondes !

10+ questions sur l'énergie et le climat pour les candidats à la présidentielle

Pour assurer ses approvisionnement en énergie et tenir ses engagements climatiques, la France va devoir faire des choix difficiles. La campagne présidentielle devrait être l'occasion de les exposer et de les discuter. Mais si les principaux candidats ont pris positions sur les principaux sujets, beaucoup de point mériteraient encore d'être clarifiés ou détaillés. Voici une dizaine de questions sur l'énergie et le climat qui mériteraient d'être posées à Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Emmanuel Macron, François Fillon ou Marine Le Pen.

Vous pouvez poser ces questions vous-même aux candidats.
C'est l'affaire de 3 clics grâce à ce robot

Vous pouvez accéder aux questions par candidat :


questions énergie climat pour Jean-Luc Mélenchon

2 questions sur l'énergie et le climat
pour Jean-Luc Mélenchon


Par quoi et à quel rythme voulez-vous remplacer les centrales nucléaires ?

Votre projet prévoit une sortie totale du nucléaire sans en préciser la date et l'abandon du "grand carénage", le programme de modernisation des centrales prévu par EDF. Aujourd'hui, près des trois-quart de notre électricité est nucléaire. Si vous êtes élu, quelle part visez-vous à la fin de votre mandat ? Quand comptez-vous arriver à zéro ? Comment serait alors produite l'électricité française ?

Comment comptez-vous créer une tarification progressive de l'énergie ?

Afin d'encourager les comportements économes, vous souhaitez créer une tarification progressive de l'énergie, c'est-à-dire que plus on consomme plus l'énergie devient chère. Cette proposition faisait partie du programme de François Hollande en 2012 mais elle a été mal comprise et finalement censurée par le Conseil Constitutionnel. Avez-vous tiré des leçons de cet échec ? Comment faire pour éviter de le répéter ?



questions énergie climat pour Benoit Hamon

3 questions sur l'énergie et le climat
pour Benoit Hamon


Pouvez-vous clarifier votre projet pour le parc nucléaire français ?

Votre programme prévoit de "sortir du nucléaire à l'horizon d'une génération (25 ans)" et de "fermer les réacteurs en fin de vie pendant le quinquennat". Quels critères déterminent qu'un réacteur est en fin de vie ? Comment allez-vous vous y prendre politiquement, économiquement et industriellement pour crédibiliser une transition énergétique qui se déroulerait en grande partie après la fin de votre mandat ?

Comment voulez-vous gérer les déchets nucléaires français ?

Vous vous êtes prononcé pour l’arrêt du projet Cigeo de stockage géologique des déchets nucléaires à Bure. Aujourd'hui la France a accumulé près de 50.000m3 de déchets nucléaires de moyenne et haute activité à vie longue. Que comptez-vous en faire ?

Pouvez-vous préciser votre projet de taxe carbone ?

Vous promettez une "fiscalité plus verte" notamment par la mise en place d'une taxe carbone. La loi sur la transition énergétique, adoptée en 2015, prévoit une "composante carbone" dans les taxes sur les consommations énergétiques de 56€ en 2020 et 100€ en 2030. Votre projet est-il différent ? En quoi ?




questions énergie climat pour Emmanuel Macron

2 questions sur l'énergie et le climat
pour Emmanuel Macron


Comment comptez-vous ramener le nucléaire à 50% du mix électrique français en 2025 ?

Votre programme prévoit de baisser la part du nucléaire dans le mix électrique français d'environ 70% aujourd'hui à 50% en 2025. Cela implique d'importants efforts pour développer d'autres moyens de production et baisser la consommation d'électricité. Vos engagements en la matière restent insuffisants pour faire reculer significativement la part du nucléaire. Si vous êtes élu, quel mix électrique viserez-vous en 2025 ? Quelles mesures comptez-vous prendre pour y parvenir ?

Pouvez-vous préciser votre projet pour la taxe carbone ?

Vous voulez faire "monter en puissance la taxe carbone pour atteindre 100€/TeqCO2 en 2030". La loi sur la transition énergétique, adoptée en 2015, prévoit une "composante carbone" dans les taxes sur les consommations énergétiques de 56€ en 2020 et 100€ en 2030. Votre proposition est-elle une simple confirmation de cet engagement ? Vous souhaitez par ailleurs "redonner du pouvoir d'achat aux plus modestes en réduisant leur facture de chauffage et de carburants", comment les deux objectifs sont-ils compatibles ?




questions énergie climat pour François Fillon

2 questions sur l'énergie et le climat
pour François Fillon


Comment comptez-vous préparer la fin de vie et le remplacement des centrales nucléaires françaises ?

Vous vous êtes prononcé pour moderniser les centrales nucléaires françaises et autoriser au cas par cas leur fonctionnement jusqu'à 60 ans. Notre parc nucléaire serait donc pour l'essentiel fermé entre 2035 et 2045, dans le secteur de l'énergie c'est une échéance relativement proche. Par quoi pensez-vous que les centrales nucléaires seront remplacées ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour créer des conditions économiques et industrielles qui permettent ce remplacement ? Et pour ne pas laisser à la génération suivante la charge de démanteler le parc nucléaire actuel  ?

Pouvez-vous clarifier votre position sur les hydrocarbures non-conventionnels (gaz de schiste) ?

Vous étiez premier ministre lors de l'adoption en 2011 de la loi Jacob interdisant la fracturation hydraulique, principale technique permettant d'exploiter les hydrocarbures non-conventionnels dont le gaz de schiste. Pourtant, en 2012, vous jugiez "criminel" de ne pas rechercher du gaz de schiste en France. Quelle est aujourd'hui votre position ?



questions énergie climat pour Marine Le Pen

3 questions sur l'énergie et le climat
pour Marine Le Pen


Comment comptez-vous préparer la fin de vie des centrales nucléaires françaises ?

Vous vous êtes prononcée pour moderniser et sécuriser le parc nucléaire français notamment en soutenant le "grand carénage" proposé par EDF.  Mais même dans ce cas, la plupart des centrales devraient fermer d'ici une vingtaine d'années au maximum, compte-tenu des délais et des coûts qu'entrainera leur remplacement celui-ci doit être préparé dès à présent. Par quoi pensez-vous remplacer les centrales nucléaires actuelles lorsqu'elles arriveront en fin de vie ? Quelles mesures concrètes allez-vous prendre pour créer des conditions économiques et industrielles qui permettent ce remplacement ?

Vous avez voté contre la ratification de l'Accord de Paris, avez-vous l'intention d'en sortir si vous êtes élue ?

En octobre 2016, lors du vote du Parlement Européen pour autoriser la ratification de l'Accord de Paris par les États-membres, le groupe Europe des Nations et des Libertés que vous co-présidez a été le seul à voter contre. Depuis, la France a ratifié l'Accord comme 135 autres pays. Si vous êtes élue, comptez-vous dénoncer ou ne pas appliquer cet Accord ?

Comment comptez-vous lutter contre les effets du changement climatique, notamment en termes de migrations ?

Selon l'ONU, au milieu du siècle, 250 millions de personnes pourraient être obligées de se déplacer parce que le réchauffement de la planète rend leur région inhabitable. Avec seulement 5 millions de réfugiés, la crise syrienne, d'ailleurs aggravée par le changement climatique, montre que nous ne sommes pas préparés à gérer de tels mouvements de population. Comment comptez-vous vous y prendre pour limiter et gérer les conséquences du changement climatique ?


Vous avez d'autres questions ? 
Posez-les en commentaire, je les rajouterai à l'article !
Vous voulez en savoir plus ? 
Consultez le dossier sur l'énergie dans l'élection de 2017.

Publié le 20 mars 2017 par Thibault Laconde


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Pour l'énergie et le climat dans la campagne de 2017

A 40 jours du premier tour, prenons un instant pour constater à quel point l'histoire s'est accélérée depuis la dernière élections présidentielle. En 5 ans, les énergies renouvelables ont changé d'échelle. Le prix du pétrole a été divisé par deux. Les États-Unis ont retrouvé la place de premier producteur mondial perdue il y a un demi-siècle. Des faillites ou quasi-faillites ont eu raison de nombreux énergéticiens, et les survivants s'efforcent de changer de modèle. Pour la première fois, l'Accord de Paris a ouvert la voie à une coopération mondiale vers un futur bas-carbone.
Que s'est-il passé dans le monde politique français pendant ce temps-là ? Les gouvernements de François Hollande n'ont pas manqué d'idées. Mais, à l'exception de la COP21, toutes ou presque ont fait long-feu : la loi Brottes devait créer une tarification progressive de l'énergie, elle a été censurée par le Conseil Constitutionnel. L'écotaxe poids lourds s'est terminée en fiasco. Le rééquilibrage du mix électrique a été inscrit dans la loi, mais en pure perte. Même la fermeture de Fessenheim s'est embourbée...


Cette fois, nous ne pouvons plus nous permettre un nouveau rendez-vous manqué


La France a en face d'elle deux défis de proportions historiques. D'une part, il nous faut gérer la fin de vie de nos centrales nucléaires, c'est-à-dire organiser leur rénovation lorsqu'elle est nécessaire, leur fermeture, leur démantèlement et leur remplacement. D'autres part, il faut accélérer la lutte contre le changement climatique, c'est-à-dire baisser radicalement nos émissions de gaz à effet de serre, nous préparer à gérer les conséquences du réchauffement de la planète et encourager l'ensemble de la communauté internationale à faire les mêmes efforts.
Il ne s'agit pas là de questions marginales, réservées aux experts ou aux écologistes. Soyons bien clair :  ces deux sujets déterminent l'avenir de notre pays et le monde dans lequel nous allons vivre d'ici quelques années - la mise hors service d'un tiers du parc nucléaire français fin 2016 ou la sécheresse de 2006-2011 qui a destabilisé la Syrie nous donnent un avant-gout du coût de l'inaction. Nous ne pourrons éviter une catastrophe, qu'au prix de difficiles arbitrages technologiques, économiques et sociaux, de centaines de milliards d'euros de dépenses et d'une politique industrielle sans équivalent dans l'histoire récente de notre pays.

Évidemment, les 5 années qui viennent ne suffiront pas à régler ces deux problèmes. Par contre elles peuvent, elles doivent tracer la voie et donner l'impulsion qui, à l'échelle d'une génération, nous permettront de relever ces défis. Le prochain gouvernement aura la tache ingrate de travailler pour ses successeurs : ce n'est que dans 20 ou 30 ans que nous saurons vraiment s'il a réussi. Mais si ces sujets ne sont pas abordés avec détermination au cours des 5 prochaines années, nous pourrons déjà dire avec certitude qu'il a échoué. Et nous avec lui.


Le prochain gouvernement a besoin d'une stratégie et d'un mandat clair


Nous l'avons constaté sans cesse au cours des dernière années, une politique énergétique ne peut plus être imposée depuis un cabinet ministériel. Sans le soutien de la population et d'au moins une partie des entreprises et des administration, elle reste lettre morte. Quelles que soient les solutions qui seront retenues, il ne doit y avoir aucun doute sur leur légitimité. C'est pourquoi elles doivent être énoncées clairement et discutées avant l'élection.
Professionnels ou passionnés de l'énergie, je crois qu'il est de notre devoir d'exiger ce débat. Il faut faire passer un message clair : notre vote, et celui de tout ce que nous pourrons influencer, en dépend.

C'est pour contribuer à cet effort que je lance aujourd'hui un dossier sur l'énergie et le climat dans les élections de 2017. Mon d'objectif est d'avoir un regard critique sur les programmes et de pousser les équipes de campagne à les clarifier autant que nécessaire. Je m'efforcerai également de suivre les prises de parole et les propositions des prochaines semaines.
Je vous invite vous aussi à interpeler les candidats et leurs équipes et à contribuer au débat. N'hésitez pas à me contacter si vous avez des idées ou des propositions dans ce sens.

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Publié le 13 mars 2017 par Thibault Laconde

50% de nucléaire en 2025 ? Un peu de mathématiques et un plaidoyer pour la révision de cet objectif

La semaine dernière, j'ai publié deux articles sur les engagements d'Emmanuel Macron et du tandem Benoit Hamon-Yannick Jadot en matière d'énergie. Ces articles portaient notamment sur une promesse commune aux deux programmes : la baisse de la part du nucléaire dans la production électrique française pour atteindre 50% en 2025. Ce chiffre est en fait la reprise d'un objectif figurant à l'article 1 de la loi sur la transition énergétique de 2015.
Les deux posts ont donné lieu à beaucoup d'échanges intéressants qui m'ont permis de continuer à réfléchir sur le sujet. Il me parait utile de les d'approfondir ici.

(Si les détails vous ennuient, n'hésitez pas à passer directement au dernier paragraphe en cliquant ici)


Pourquoi baisser la consommation n'est pas une solution


Dans ces deux articles, je soulignais que l'objectif de baisse du nucléaire est très ambitieux et que, s'il était réellement mis en œuvre, le mix électrique français serait difficile à boucler dans les années qui viennent. Comme le programme d'En Marche ! contient aussi des objectifs chiffrés pour le solaire, l'éolien et le thermique charbon, je pouvais même évaluer qu'au moins 30TWh manqueraient dès la fin du prochain quinquennat.
Ce calcul m'a souvent attiré une réponse du type : "C'est pas grave, il suffit de baisser notre consommation de 30TWh". Outre qu'on ne raye pas d'un trait de plume la consommation annuelle de la région Normandie, cette méthode ne marche tout simplement pas.

Pourquoi ? Parce que l'objectif de réduction du nucléaire n'est pas absolu mais relatif à la production d'électricité. Si la consommation est réduite de 30TWh, la production totale recule d'autant et, par conséquent, la production nucléaire autorisée pour respecter les 50% baisse elle aussi (de 15TWh). Réduire la consommation permet certes de se rapprocher de l'objectif mais ne peut pas suffire à l'atteindre sauf si la production d'électricité hors-nucléaire augmente dans le même temps.


Prenons le problème dans l'autre sens


Énonçons une évidence mathématique : viser 50% d'électricité nucléaire, c'est fixer simultanément un objectif de production nucléaire et un objectif de production non-nucléaire ou, ce qui revient au même, un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) sur la période 2016-2025.
Et si on prenait le problème dans l'autre sens ? Au lieu de se donner des objectifs pour les renouvelables puis de prendre des hypothèses, toujours contestables, sur la production totale et enfin de vérifier que l'objectif de 50% est atteint, on peut essayer de trouver tous les couples  (Δ production totale, Δ production non-nucléaire) qui permettent de remplir cet objectif.

Je vous épargne le calcul, on arrive au résultat suivant :
Comment arriver à 50% de nucléaire en France en 2025

La ligne bleue pleine représente toutes les solutions au problème. Mathématiquement, il n'est pas possible d'arriver à 50% de nucléaire en France en 2025 autrement qu'en choisissant un couple (variation de la production totale, variation de la production non-nucléaire) situé sur cette droite.
La ligne hachurée représente les étapes intermédiaires possibles en 2022 en supposant que l’évolution de la production totale et de la production non-nucléaire soient régulières pendant la période 2017-2025.


Mise en pratique : le programme d'Emmanuel Macron


Tout ça est un peu abstrait. Voyons donc comment utiliser le graphique précédent sur un cas pratique.
Dans son programme Emmanuel Macron promet la baisse du nucléaire à 50% en 2025 et le doublement d'ici à 2022 du parc solaire et éolien français. Comme j'ai déjà eu l'occasion de l'expliquer, ce second engagement signifie une production renouvelable supplémentaire d'environ 32TWh. Reportons donc une hausse de 32TWh de la production non-nucléaire sur le graphique :
Programme Macron : Quelle baisse de la production électrique est nécessaire pour arriver à 50% de nucléaire

On voit que, si la production non-nucléaire augmente de 32TWh, atteindre l'objectif de 50% nucléaire implique de réduire la production totale d'environ 175TWh, soit un tiers de la consommation française actuelle.
Si cet objectif devait vraiment être poursuivi et si la baisse de la production est régulière, celle-ci devrait déjà avoir reculé d'un peu moins de 100TWh en 2022.


Plaidoyer pour une reformulation de l'objectif de baisse du nucléaire


Ce que montre cette approche, c'est qu'atteindre 50% de nucléaire dans le mix électrique français nécessite une augmentation massive de la production non-nucléaire et/ou une baisse de massive de la production. On parle ici de dizaines voire de centaines de térawattheures en moins d'une décennie...
Pour comparaison, depuis 17 ans qu'elle a lancé sa "sortie du nucléaire", l'Allemagne a baissé sa production nucléaire de 80TWh et augmenté sa production totale de 70TWh.

Si la marche est aussi haute, c'est avant tout parce que l'indicateur retenu pour la diversification du mix électrique français a été extrêmement mal choisi : fixer un objectif de production nucléaire relatif à la production totale, elle-même très majoritairement nucléaire, est stupide.
J'ai du mal à croire que je ne m'en sois pas aperçu avant. Et encore plus de mal à imaginer qu'une telle chose ait pu figurer dans un projet de loi et être voté.

En tout état de cause, je ne pense pas que cet objectif puisse être repris tel-quel dans un programme électoral sérieux. Si il y a parmi les équipes de candidats des gens qui me lisent (ce que j'espère) et si ils veulent tracer un chemin réaliste pour la diversification du mix électrique français (ce que j'espère également), je leur recommande de convertir les 50% de nucléaire en un objectif de production absolu : puisque la France a produit 530TWh d'électricité en 2016, pourquoi ne pas se donner comme but de parvenir à 265TWh de nucléaire en 2025 ?
Cela représenterait une baisse de la production nucléaire de 100TWh par rapport à 2016, un objectif facile à retenir et encore très ambitieux mais sans avoir la quasi-impossibilité mathématique des 50%.


Publié le 6 mars 2016 par Thibault Laconde


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Programme d'Emmanuel Macron : les propositions sur le nucléaire et les renouvelables à la loupe

Emmanuel Macron a présenté son programme le 2 mars. Celui-ci contient des engagements en matière d'énergie et l'environnement, notamment :
  • La baisse de la part du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025,
  • La fermeture des dernières centrales à charbon françaises d'ici à 2022,
  • Le doublement des capacités éoliennes et solaires d'ici à 2022.
Toutes ces propositions sont en fait la reprise d'engagements actés par le gouvernement actuel : la baisse du nucléaire à 50% figure dans la loi sur la transition énergétique de 2015, la fermeture des centrales à charbon a été annoncée par François Hollande pendant la COP22 et le doublement des capacités éoliennes et solaires est plutôt un recul par rapport aux objectifs affichés en 2016.
Il n’empêche que, pris simultanément, ces trois engagements dessinent assez clairement l'évolution du mix électrique français pour les prochaines années. Il est d'autant plus intéressant de s'y arrêter que ce programme est à peu de choses près commun à tous les candidats de la gauche et du centre.


Doubler la taille du parc éolien et photovoltaïque en 2022


En 2016, la France était équipée de 11.7GW d'éolien et 6.8GW de solaire. L'engagement d'Emmanuel Macron nous placerait donc à 23.3GW d'éolien et 14.5GW de solaire en 2022.

évolution du parc solaire PV et éolien dans le programme de Macron

Cela représenterait approximativement la poursuite du rythme de croissance actuel : pendant le quinquennat de François Hollande, le parc éolien a progressé de 81% et le parc solaire de 112%.

Si ces objectifs sont atteints et en supposant que le facteur de charge reste le même, la France produira 47.6TWh d'électricité éolienne et 16.5TWh d'électricité solaire en 2022. Pour comparaison cela resterait beaucoup moins que ce que l'Allemagne fait aujourd’hui , respectivement : 67.4TWh et 38.2TWh.


A la recherche des térawattheures perdus


Dans le même temps, Emmanuel Macron promet de fermer les 5 dernières centrales à charbon françaises (qui produisaient 7TWh en 2016) et de mettre la France sur la voie d'un mix à 50% nucléaire en 2025.
Comme je l'ai déjà détaillé dans un article précédent, parvenir à 50% de nucléaire en 2025 implique, dans un scénario médian, de réduire le parc français de 63GW aujourd'hui à 35GW. Si cette décroissance est régulière, la puissance nucléaire disponible en 2022 devrait être de 45.6GW pour une production de l'ordre de 280TWh (contre 384 en 2016 où la production a été amputée par de nombreuses indisponibilités et 416 en 2015).

En résumé, en 5 ans, nous gagnerions une trentaine de térawattheures de renouvelables et nous perdrions une centaine de térawattheures de nucléaire et de thermique. Question anodine : comment combler ce déficit ?


Quel mix électrique en 2022 ?


Une chose est claire : les tendance actuelles en termes de croissance des renouvelables ne suffisent pas à combler le vide que laisserait la baisse du nucléaire à 50% en 2025.

Si on souhaite maintenir la production d'électricité française se maintien à son niveau actuel, il manque entre 70 et 90TWh en 2022.
Même en prenant des hypothèses optimistes sur la consommation avec une trajectoire qui conduit à 400TWh en 2025 et permet une baisse de 9% de la production électrique française entre 2016 et 2022, il reste encore 30 à 50TWh à trouver pour équilibrer le mix électrique français à la fin du prochain quinquennat.

Evolution du mix électrique français dans la cadre du programme d'Emmanuel Macron

Cette question n'est malheureusement pas abordée ni par Emmanuel Macron, ni par les autres candidats qui reprennent à leur compte l'objectif bien mal conçu de 50% de nucléaire en 2025. Ce non-dit fait peser un doute sérieux sur la crédibilité de leurs engagements.

Les données utilisées dans cet article proviennent de l'excellent site RTE Opendata. Tous les chiffres et les calculs sont accessibles ici.

Publié le 2 mars 2017 par Thibault Laconde




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[Analyse] Quelle trajectoire pour le nucléaire français dans le cadre de l'accord Jadot-Hamon ?

Yannick Jadot, le candidat d'Europe Écologie les Verts à la présidentielle, s'est rallié à Benoit Hamon, le candidat du Parti Socialiste après l'adoption d'une plateforme commune. Celle-ci prévoit notamment une sortie du nucléaire en 25 ans. Pour évaluer la faisabilité de cette proposition et les efforts nécessaires à sa mise en œuvre, il est intéressant d'estimer le rythme auquel elle implique de fermer les centrales existantes.

Le projet Jadot-Hamon pose en fait deux jalons :
  1. La baisse du nucléaire à 50% du mix électrique en 2025 (confirmation d'un engagement de la loi de transition énergétique de 2015 même si aucune mesure n'a été prise pour sa mise en œuvre)
  2. Un arrêt du nucléaire après 25 ans, donc en 2042.
Essayons de mettre des chiffres là-dessus.

 

Quel parc nucléaire en France en 2025 ?


En 2025, le scénario utilisé par l'ADEME dans sa fameuse étude d'un mix 100% EnR en 2050 évalue la consommation d'électricité française un peu au-dessus de 400TWh par an contre 473TWh en 2015. D'autres études envisagent une baisse légèrement plus rapide ou une hausse (jusqu'à 600TWh pour certains d'entre-elles).
Retenons donc une consommation de 400TWh comme un objectif relativement ambitieux et imaginons que la France continue à exporter au niveau de 2015 (environ 60TWh par an). La production en 2025 serait donc de 460TWh. Si la part de l'atome y est de 50%, 230TWh devront être produits par des réacteurs nucléaires.

En 2016, le facteur de charge des réacteurs français a été de 69%. Ce chiffre est plus bas que la normale à cause des problèmes techniques rencontrés par le parc nucléaire français pendant la deuxième moitié de l'année. Prenons donc plutôt celui de l'année précédente : 75%.
A ce compte-là, la France devrait disposer en 2025 de 35GW de puissance nucléaire. Admettons que la sagesse l'emporte et que, au cas où, nous gardions en service deux réacteurs de 1200MW de plus que ce qui est strictement nécessaire. L'objectif de 50% d'électricité nucléaire signifie que la parc nucléaire français devrait se situer autour de 37.5GW en 2025.

Cela correspond à une baisse de 25.6GW par rapport au 63.1GW du parc actuel.
Notons au passage que l'objectif de 50% correspond à une baisse d'autant plus marquée que le facteur de charge est élevé et la consommation maitrisée. Paradoxalement, cet objectif sera donc plus délicat à atteindre si le parc nucléaire fonctionne bien et si la  France se convertit à la sobriété énergétique, c'est l'une des raisons pour lesquelles je pense qu'il a été mal choisi.


Trajectoire du parc nucléaire français


Le plan Jadot-Hamon implique donc :
  1. Une baisse de la puissance nucléaire française de 63.1GW à 37.5GW entre 2017 et 2025
  2. Une baisse de de 37.5GW à 0GW entre 2025 et 2042
En admettant que la baisse soit régulière, l'évolution du parc nucléaire français serait donc la suivante :
Trajectoire du parc nucléaire français dans le cadre de l'Accord EELV-PS


Le rythme de baisse du nucléaire est de 3.2GW par an entre 2017 et 2025 et 2.2GW/an ensuite.

On peut répéter l'exercice avec des hypothèses plus ou moins optimistes pour évaluer la sensibilité de la trajectoire à la consommation, à l'exportation et au facteur de charge :

Plan Jadot-Hamon de sortie du nucléaire français - étude de sensibilité
Dans le scénario haut, le rythme de baisse est de 1.6GW/an jusqu'en 2025 puis 3GW/an jusqu'en 2042. Dans le scénario bas, les fermetures de réacteurs s'enchainent au rythme de 4.3GW/an entre 2017 et 2025 et 1.7GW/an ensuite.
Vous pouvez consulter les hypothèses et les calculs correspondants à ces différentes trajectoires en cliquant ici.


Quelques comparaisons


Ces chiffres sont relativement abstraits. Pour mieux se rendre compte de ce qu'ils signifient comparons le scénario intermédiaire à la sortie du nucléaire allemande :

Sortie du nucléaire : plan Jadot-Hamon comparé à l'Energiewende allemand
On voit que ce serait une erreur de penser que l'Allemagne peut servir de modèle pour sortir la France du nucléaire en 25 ans. Outre que la situation économique et politique de notre pays n'est pas la même, le rythme de fermeture des réacteurs nucléaires français induit par l'accord Jadot-Hamon est beaucoup plus rapide que celui qu'a connu l'Allemagne depuis 2000. Même pendant la période 2011-2022 où la sortie du nucléaire allemande s’accélère, la baisse n'est que de 2GW/an.

Une autre comparaison intéressante est celle entre la trajectoire de l'accord Jadot-Hamon et celle d’une fermeture des réacteurs nucléaire à leur 40e anniversaire (dans l'hypothèse où aucun nouveau réacteur n'entre en service) :
Sortie du nucléaire : plan Jadot-Hamon comparé à la fermeture des réacteurs à 40 ans
On voit que le rythme de fermeture des réacteur est assez comparable dans les deux cas. C'est peut-être la logique qui a conduit à l'adoption d'un délai de 25 ans.
On peut cependant noter que, entre 2025 et 2039, la prolongation de réacteurs au-delà de leur 40e anniversaire serait indispensable. Pendant cette période, certains réacteurs parmi les plus récents pourraient être prolongés de 5 à 10 ans.


Publié le 27 février 2017 par Thibault Laconde



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Quelques questions sur l'énergie dans l'accord entre Yannick Jadot et Benoit Hamon

Le candidat des écologistes, Yannick Jadot, a donc décidé de retirer sa candidature à la présidentielle au profit de celui du Parti Socialiste, Benoit Hamon. Ce ralliement fait suite à l'adoption d'une plateforme commune notamment sur la transition énergétique :
Accord PS-EELV sur l'énergie et le nucléaire
(Cliquez pour agrandir)

Sur l'énergie, l'accord prévoit notamment :
  • La baisse du nucléaire dans le mix électrique de 76% aujourd'hui à 50% en 2025 puis 0% en 2042
  • L'objectif de parvenir à 100% énergie renouvelable en 2050 (pour l'électricité mais aussi pour les autres usages : chauffage, transports... )
  • La création d'une "taxe carbone substantielle"
  • L'abandon de Cigeo, le projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure
Alors que les principaux candidats à la présidentielle se contentent de se prononcer pour ou contre des décisions prises lors de cette mandature (fermeture des centrales à charbon, fermeture de Fessenheim, baisse du nucléaire à 50%) ou de la précédente (interdiction de l'exploitation du gaz de schiste), donnant l'impression d'une politique énergétique condamnée à se mordre éternellement la queue, ces propositions offrent une vision de long-terme. Il semble qu'un vrai choix sera offert au vote des français en avril prochain. Inutile de vous dire que je m'en réjouis...

Mais pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Voici donc quelques questions sur ces propositions qui, à mon sens, mériteraient d'être éclaircies :


1. Est-ce une prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires jusqu'à 50 ans ?

En 2042, tous les réacteurs actuellement en services sauf les 2 de Chooz B et les 2 de Civaux auront déjà soufflé leur 50e bougie. Une sortie du nucléaire en 25 ans implique donc probablement de prolonger la durée de vie de certains des réacteurs actuels jusqu'à 50 ans, voire jusqu'à 60 comme le revendique EDF.
Est-ce un choix assumé ? Comment assurer la sécurité et le bon fonctionnement de ces réacteurs sans dépenser trop dans une filière destinée à disparaitre ? Quelle planning de fermeture serait compatible avec les deux objectifs de 2025 et 2042 ?


2. Que devient l'EPR ?

Un réacteur de troisième génération est en cours de construction en France à Flamanville, un autre en Finlande, deux en Chine et deux au Royaume Uni. Ces réacteurs sont prévus pour fonctionner pendant 60 ans.
L'EPR de Flamanville doit être mis en service fin 2018, il aurait donc une vingtaine d'années en 2042. Ce réacteur va-t-il être achevé puis retiré alors qu'il n'aura pas encore atteint la moitié de sa durée de vie ? Le chantier va-t-il être abandonné ?
Dans les deux cas, l'EPR va-t-il continuer à être proposé à l'export ? Comment maintenir un compétence technique sur un parc aussi réduit ?


3. Sortir du nucléaire en 25 ans, est-ce réaliste ?

Techniquement, c'est probablement faisable même si une sortie simultanée du nucléaire et des fossiles nécessite de mettre au point des solutions techniques et des modèles d'équilibrage encore balbutiants.
La question, c'est plutôt :
  • Est-ce réalisable économiquement ? Peut-on le financer ? Qui le finance d'ailleurs ? Même si cette politique était rentable à long-terme, elle nécessite des investissements à court-terme, l’État, les collectivités, les énergéticiens français ou les particuliers (selon le modèle choisi) ont-ils un capital ou une capacité d'emprunt suffisants ?
  • Est-ce faisable industriellement ? Dispose-t-on d'entreprises capables de déployer rapidement de nouvelles capacités renouvelables à cette échelle ? Si non, peut-on les faire naitre ? Ou envisage-t-on de dépendre d'équipements et de compétences importées ?
Ici il me semble important de comparer ce projet avec la sortie du nucléaire allemande. En apparence, le délai est à peu près le même : 22 ans pour l'Allemagne, 25 ans pour la France mais le parc français est trois fois plus important et nous ne disposons ni des excédents ni de la base industrielle de l'Allemagne. Le projet de sortie du nucléaire en France n'est pas un copier-coller de ce qu'ont fait les allemands, c'est un défi d'une toute autre ampleur :

Sortie du nucléaire prévue par l'Accord EELV-PS
(Pour plus de détails sur la courbe ci-dessus et l'évolution du parc nucléaire français induite par les objectifs de l'accord Jadot-Hamon, consultez cet article. Au sujet de l'objectif de 50% de nucléaire en 2025 et de ses problèmes, je vous renvoie ici)



4. Quelle forme juridique prendra la décision de sortie du nucléaire ?

Comment éviter que la décision de sortie du nucléaire soit remise en cause en cas d'alternance ? Comment garantir une stabilité juridique aux entreprises qui investissent dans cette transition énergétique ?



5. Quelle alternative au projet d'enfouissement des déchets nucléaires ?

L'accord prévoit "la fin" du projet d'enfouissement de Bure, le stockage des déchets nucléaires en surface et l'étude d'autres options.
Le projet Cigeo est destiné à stocker des déchets nucléaires de haute et moyenne activité à vie longue (HAVL et MAVL). Aujourd'hui, la France a accumulé 3500 tonnes de HAVL et 46000 tonnes de MAVL. Même en cas d'arrêt du nucléaire, ces chiffres vont continuer à augmenter pendant 25 ans puis lors du démantèlement des centrales.
L'alternative la plus crédible à l'enfouissement est de bruler les déchets nucléaires dans des surgénérateurs. Le dernier à avoir fonctionné en France est Superphenix, arrêté en 1997 par la majorité vert-PS de l'époque. Cette solution n'est de toute façon pas compatible avec un arrêt du nucléaire en France.

Quelle solution alternative espère-t-on trouver ? Le stockage des déchets à Bure étant réversible pendant un siècle, pourquoi interrompre le projet ? Même si l'enfouissement n'est pas parfait, n'est-ce pas de notre responsabilité de préparer une solution qui limite les risques pour nos descendants au cas où aucune alternative ne serait trouvée ?


6. Qu'est-ce qu'une taxe carbone substantielle ?

Les projets de taxe carbone sont souvent vendus comme neutre fiscalement, c'est-à-dire que les sommes prélevées via la taxe carbone sont utilisées pour abaisser d'autres impôts. Ici ce n'est pas le cas puisque l'accord prévoit que cette taxe doit être "affectée à la transition écologique" (il me semblait avoir retenu de mes cours de finances publiques un principe de non-affectation, mais passons).
Comment faire accepter ce projet là où tant d'autres ont échoué ? Quel serait son montant et son assiette ? Quel accompagnement pour les entreprises et les salariés des activités émettrices de gaz à effet de serre ? Comment éviter que ces activités soient simplement délocalisées ? Comment ce projet fonctionnera-t-il avec les systèmes déjà existants comme le marché européen du carbone ? Comment éviter une nouvelle censure du Conseil Constitutionnel ?


A vous de jouer !


Si vous pensez aussi que ces questions méritent une réponse, je vous invite à les poser à Yannick Jadot et Benoit Hamon sur Twitter. Il vous suffit de cliquer sur le bouton "Tweet" en dessous de la question qui vous intéresse :

"Bonjour @yjadot @benoithamon. Votre projet de sortie du nucléaire signifie-t-il que les réacteurs actuels fonctionneront au-delà de 50 ans ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Avec la sortie du nucléaire que vous proposez que devient l'EPR ? Doit-on abandonner le projet de Flamanville ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Quel montage financier et industriel envisagez-vous pour remplacer le nucléaire en 25 ans ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Comment comptez-vous éviter que la décision de sortie du nucléaire soit remise en cause en cas d'alternance ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Vous voulez abandonner l'enfouissement des déchets nucléaires. Quelles alternatives envisagez-vous ?"



"Bonjour @yjadot @benoithamon. Qu'entendez-vous par "taxe carbone substantielle" ? Comment éviter l'échec des projets précédents ?"




Publié le 24 février 2017 par Thibault Laconde



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Note aux haters de la transition énergétique allemande

En 2000, l'Allemagne a décidé de se passer d'énergie nucléaire et s'est donné deux décennies pour y parvenir. Depuis la part de l'atome dans le mix électrique allemand est tombée de 29.5% à 13.1% tandis que les renouvelables bondissaient pour atteindre à 29.5%. Les énergies fossiles quant à elles ont reculé de 7 points (contre 1 en moyenne dans l'OCDE et 3, par exemple, aux États-Unis). Dans le même temps, le prix de gros de l'électricité a baissé et l'Allemagne qui devait acheter du courant en 2000 est devenue la première exportatrice européenne.
Revers de la médaille : la part du charbon reste élevée - avec de graves conséquences environnementales, les politiques de soutien aux renouvelables tâtonnent et les coûts sont supportés, via une taxe, par les ménages qui payent leurs kWh presque deux fois plus chers que les français. Reste que l'Energiewende est probablement la politique énergétique la plus ambitieuse depuis un quart de siècle et qu'il a jusqu'à présent atteint ses objectifs.


Pourquoi tant de haine ?


Pourquoi tant de français critiquent-ils la sortie du nucléaire allemande ?
Et pourtant, la transition énergétique allemande n'en finit pas de susciter des débats enflammés. Aucun des sujets que je traite n'attire autant de réponses et de commentaires, parfois très virulents.
C'est d'autant plus embêtant que la loi de Godwin semble avoir un corollaire pour l'Energiewende : "plus une discussion sur l'énergie dure longtemps, plus la probabilité d'y trouver une comparaison impliquant l'Allemagne s’approche de 1". Beaucoup trop d'échanges dérivent ainsi vers la transition énergétique allemande et se terminent sur des empoignades qui n'ont pas grand chose à voir avec le sujet initial.
 
Au sein de la communauté française qui s'intéresse au climat et à l'énergie, il y a manifestement un petit nombre de personnes irréconciliables avec la politique énergétique allemande. Et ils se montrent très actifs pour interpeller ceux qui ne partagent pas leur abhoration pour tout ce qui se fait outre-Rhin. Pas plus tard que ce matin, un tweet sur une étude allemande sans lien direct avec la sortie du nucléaire m'a ainsi valu une bonne cinquantaine de réponses...
En soi, ça ne me pose pas vraiment de problème du moment que le ton reste courtois (ce qui est généralement le cas). C'est la répétition incessante des mêmes arguments qui est vite fatigante. Cet article vaut donc réponse collective.


L'Allemagne n'a pas fait le choix du charbon contre le nucléaire


Ces critiques reposent presque toujours sur la même erreur : elles semblent croire qu'en 2000 l'Allemagne avait le choix entre sortir du nucléaire ou sortir charbon. Les allemands auraient alors cédé à une peur irrationnelle et décidé d'abandonner le nucléaire plutôt que le charbon, dont l'utilisation aggrave pourtant le risque d'une catastrophe climatique.

Cette représentation n'est pas seulement une réécriture de l'histoire, elle dénote une grave incompréhension de ce qu'est une politique énergétique : une politique énergétique, c'est d'abord un choix de société qui nécessite un certain consensus. On peut combler des lacunes industrielles, inventer des solutions techniques ou faire des arbitrages économiques, mais sans un minimum d'accord au sein de la population, des collectivités, des entreprises et des administrations une politique énergétique n'est qu'une déclaration d'intention. L'épisode de Fessenheim en France en est un bel exemple.

En 2000, l'Allemagne ne pouvait pas décider de sortir du charbon. Même si techniquement, industriellement et économiquement ce choix aurait été aussi viable que la sortie du nucléaire, politiquement le consensus n'existait pas. Le poids économique du charbon en particulier dans les länder défavorisés de l'est rendait cette politique impossible. C'est toujours le cas aujourd'hui mais beaucoup de travail a été fait et une fin du charbon n'est plus taboue.
En 2000, l'Allemagne n'a pas choisi la sortie du nucléaire contre la sortie du charbon, cette alternative n'existe que dans la tête de ceux qui veulent la critiquer. Les allemands n'avaient le choix qu'entre la sortie du nucléaire et le laisser-faire.


Même mal inspiré, l'Energiewende a ouvert la voie


On peut éventuellement contester leur choix. Ce serait à mon avis une perte de temps : l'aversion des allemands pour le nucléaire est issue de leur histoire très particulière, nous n'avons pas forcément à la partager mais ce n'est pas non plus à nous de leur dicter la conduite à suivre. Encore une fois, une politique énergétique est avant tout un choix de société, elle découle de préférences subjectives, propres à chaque époque ou chaque population. Rien ne prouve que notre vision des choses soit supérieure à celle de nos voisins.

Il me semble cependant que nous pourrions nous entendre sur au moins un mérite de la transition énergétique allemande : elle a ouvert la voie. Lorsque j'étais étudiant à Supélec on nous apprenait qu'aucun réseau électrique ne pourrait supporter plus de 2% d'énergies intermittentes. Une dizaine d'années plus tard, le solaire et l'éolien représentent presque un tiers du mix électrique allemand avec parfois des incursions jusqu'à 80%...
Les allemands ont démontré par la pratique qu'un grand pays industriel peut dépendre massivement d'énergies renouvelables sans que ni son réseau électrique ni son économie ne s'effondrent. Je ne suis pas certain que la Chine, par exemple, investirait dans les renouvelables comme elle le fait aujourd'hui si l'Allemagne n'était pas passée en premier.

Le développement des énergies renouvelables n'a pas permis aux allemands de baisser significativement leur consommation de charbon - politiquement ils ne le pouvaient pas. Mais elle a montré au reste de la planète comment s'y prendre. Au lieu de perdre notre temps à questionner un choix qui ne nous appartient pas, nous ferions mieux d'essayer d'en apprendre quelque chose pour résoudre nos propres problèmes.


Publié le 21 février 2017 par Thibault Laconde

Illustration : By Crux (Own work) [CC BY-SA 2.5], via Wikimedia Commons


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[Analyse] Fin 2016, pour la première fois depuis 5 ans, la France a acheté de l'éléctricité à l'étranger

Entendons nous bien : importer de l'électricité n'à rien d'exceptionnel, notre pays le fait quotidiennement mais d'habitude nous vendons plus à nos voisins que nous n'achetons. En novembre 2016, cependant, le montant des importations a été supérieur au montant des exportations : la France a acheté pour 206 millions d'euros d'électricité et n'en a vendu que pour 179 millions, soit un déficit de 27 millions d'euros. En décembre rebelote avec un déficit de 21 millions d'euros.
C'est la première fois depuis la vague de froid de février 2012 que la France est obligée de payer ainsi pour se fournir en électricité.


La France perd sa place de première exportatrice d'électricité au profit de l'Allemagne


L'événement est remarquable. En effet, notre pays était jusqu'à l'année dernière le premier exportateur d'électricité européen (et probablement mondial). En 2015, nous avons vendu 72TWh à nos voisins et nous n'avons acheté que 9TWh, soit un solde net de 63TWh - l'équivalent de la production annuelle d'une petite dizaine de réacteurs nucléaires. Cet excédent a rapporté 2.3 milliards d'euros à la France.

En 2016, l'Allemagne a doublé la France pour devenir première exportatrice d'électricité en Europe
L'année dernière, les exportations d'électricité françaises se sont effondrées de 36% avec un solde de 39TWh. En valeur, la chute est encore plus brutale : -54%.
Cet essoufflement coûte à la France sa première place : l'Allemagne, dont les exportations ont été presque multipliées par 10 en 5 ans, est désormais la première exportatrice d'électricité européenne.

La baisse des exportations françaises s'explique par les problèmes techniques rencontrées par EDF : au deuxième semestre de 2016 jusqu'à un tiers des réacteurs français ont du être mis à l’arrêt.
Cette situation n'est pas inédite : en 2009-2010, EDF avait déjà connu une forte dégradation de la disponibilité du parc nucléaire. A l'approche de l'hiver 2009, 18 des 58 réacteurs nucléaires français étaient à l’arrêt et, les mêmes causes produisant les mêmes effets, les exportations d'électricité françaises s'étaient déjà effondrées.


Dégradation des termes de l'échange


Ces épisodes d'indisponibilités sont transitoires même s'ils sont probablement amenés à devenir de plus en plus fréquents avec le vieillissement du parc nucléaire français. Les chiffres révèlent cependant un autre phénomène peut-être plus préoccupant.
En novembre et décembre 2016 la France a été déficitaire en valeur (respectivement de 27 et 21M€) alors qu'elle était excédentaire en volume (de 528GWh en novembre et d'un tout petit 8GWh en décembre). Curieux, donc : nous vendons de l'électricité mais à la fin c’est nous qui payons...

Bilan des exportations d'électricité françaises en 2016, en volume (MWh) et en valeur (€)

Une seule explication possible : l'électricité que nous achetons est, en moyenne, plus chère que celle que nous vendons. Ce n'est pas nouveau mais l'écart a doublé en 2016.
En 2015, la France exportait à 37.6€/MWh en moyenne et importait à 44.2€/MWh. En 2016, la France ne vendait plus son électricité qu'à 32.5€/MWh en moyenne alors qu'elle achetait à 46.3€/MWh.
Pas de jaloux : nous sommes maintenant dans cette situation vis-à-vis de tous nos voisins sans exception. Tous nous vendent leur électricité plus chère qu'ils achètent la notre et pour tous l'écart se creuse. Mention spéciale à la perfide Albion qui parvient à nous vendre des MWh deux fois plus chers que ceux qu'il nous achète.

La France exporte de l'électricité à bas coût et importe de l'électricité chère

Il y a probablement plusieurs explication à ce phénomène. L'importance du parc nucléaire français est l'une d'elle : avec le développement des renouvelables, le prix de l'électricité devient plus volatil, or un réacteur nucléaire est peu manœuvrable, il ne peut pas être mis en route pour profiter d'un prix de l'électricité momentanément élevé, pas plus qu'il ne peut être arrêté si les cours descendent pour quelques heures en dessous de son coût de fonctionnement.
En d'autres termes, qu'elle demande ou offre de l'électricité la France est obligée de prendre le prix qui lui est proposé là où les pays qui disposent d'un parc plus flexible ont l'alternative d'augmenter ou réduire leur production. Il n'est donc pas étonnant que nous soyons les dindons de la farce.

Comme d'habitude, les données utilisées peuvent être consultées ici. Tous les chiffres utilisés dans cet article sont tirés de la base de données des douanes (utilisez le code NC8 27160000 pour les retrouver).


Publié le 16 février 2017 par Thibault Laconde


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Le nouveau paysage climatosceptique américain

Interrogés par le Sénat, les poids-lourds du gouvernement Trump ont tous reconnu l'existence du changement climatique et le rôle de l'homme. Dans les cabinets des élus les plus radicaux, dans les tabloïds de Rupert Murdoch et au fond des entrailles du web, une contre-offensive se prépare. Une bataille d'arrière-garde, peut-être la dernière ?


La victoire de Trump laisse les extrémistes isolés au sein de la droite américaine


En apparence, l'élection de Donald Trump est un triomphe pour tous ceux qui depuis des années s'opposent à la politique climatique menée par Barack Obama. Le nouveau président s'est régulièrement attaqué au consensus scientifique dans les termes outranciers qu'il affectionne tant et dans l'heure qui a suivi son arrivée au pouvoir il a annoncé la fin du Climate Action Plan et la relance des projets d'énergies fossiles.

Cependant on ne peut pas s'empécher de remarquer que les nominés de l'administration Trump ont tous, ou presque, reconnu l'existence du changement climatique et le rôle des activités humaines lors de leurs auditions devant le Sénat. Cette position reflète l'évolution de l'opinion américaine : même parmi les électeurs de Donald Trump, ceux qui doutent du changement climatique sont largement minoritaires.
Scott Pruitt, futur patron de l'agence de protection de l'environnement, qui passe pourtant pour un opposant acharné de la lutte contre le changement climatique, a par exemple reconnu que "la science nous indique que le climat change et que les activités humaines ont un impact sur ce changement." Rex Tillerson, ex-PDG d'Exxon Mobil et nouveau Secrétaire d’État, a affirmé que "le risque d'un changement climatique existe. Et que ses conséquences seraient suffisamment sérieuses pour rendre des actions indispensables. Le débat public semble principalement porter sur la nature de ces actions." 

Ces déclarations peuvent sembler bien tièdes, elles tranchent pourtant nettement avec le rejet radical du consensus scientifique sur le climat qui semblait encore récemment la marque de fabrique du parti républicain. L’inénarrable James Inhofe a semblé bien seul lorsqu'il a essayer de transformer l'audition de Scott Pruitt en une tribune contre la "fraude" climatique. Et il n'a obtenu aucun signe de sympathie de la part du futur patron de l'EPA.
Globalement, les futurs membres du cabinet Trump ont posé les bases d'un débat sain, dans lequel les politiques acceptent le consensus scientifique et se concentrent sur leur domaine de compétence : les actions à mettre en place et les moyens à y consacrer. On n'est pas tiré d'affaire pour autant mais c'est un vrai progrès.


Vers un baroud d'honneur au printemps ?


Évidemment cette évolution du discours a de quoi enrager la poignée d'individus qui mènent une guerre personnelle contre l'idée même de changement climatique anthropique.
Myron Ebell en a offert un exemple éclatant la semaine dernière. Lobbyiste engagé de longue date contre toute politique climatique et pressenti pour diriger l'EPA avant semble-t-il de tomber en disgrâce, Ebell s'est offert une tournée européenne au cours de laquelle il n'a cessé de mettre la pression sur le président Trump, allant jusqu'à prédire un affrontement Trump-Tillerson sur la sortie de l'Accord de Paris.

Cet épisode montre qu'il existe une fracture au sein de la droite américaine entre ceux qui acceptent les conclusions des scientifiques sur le climat et ceux qui les rejettent. Et que les premiers semblent l'emporter sur les seconds.
Mais ceux-ci n'ont certainement pas dit leur dernier mot. Ils bénéficient tout de même d'une dynamique avec l'élection de Donald Trump et ils peuvent encore compter sur un réseau d'organisations et d'individus aguerris par des années d'activisme.

Une première contre-offensive semble déjà prendre forme en ciblant tout particulièrement la NOAA, l'agence océanographique américaine. Dimanche dernier, le Mail on Sunday, un tabloïd britannique, clamait :

Les données de la NOAA manipulées pour forcer l'adoption de l'Accord de Paris sur le climat ? Article du "mail on sunday" attaquant la NOAA.
"Révélations : Comment les chefs d’États du monde entier ont été trompés sur le changement climatique"

Rien que ça...

Je ne reviens pas en détail sur le fond de l'article. Il a été largement démonté ailleurs et on a pu se rendre compte qu'il repose essentiellement sur l'incapacité du journal à comprendre l’échelle d'un graphique.
Comme il se doit, ce pseudo-scoop a été salué par le Comité des sciences de la Chambre des représentants, qui s'illustre en citant plus souvent des sites complotistes que des revues scientifiques. Il fera sans doute un excellent angle d'attaque pour mettre la recherche publique américaine au ban des accusés et vilipender l'Accord de Paris dans les prochaines semaines.

La pression va probablement continuer à monter. On peut s'attendre à ce qu'elle culmine en avril, en effet :
  • L'objectif principal est de mettre la pression sur Donald Trump pour qu'il tienne sa promesse et sorte de l'Accord de Paris dans les 100 premiers jours de son mandat donc au plus tard mi-avril,
  • Le 22 avril, se dérouleront un peu partout dans le monde des marches pour la science qui mettront probablement le climat et d'autres sujets scientifiques controversés dans l'actualité,
  • Sans oublier que le 23 avril, nous autres français auront peut-être l'honneur douteux d'avoir au second tour de la présidentielle une candidate qui a voté contre la ratification de l'Accord de Paris.
Tout le monde sur le pont et haut les cœurs ! Le négationnisme climatique tel que nous l'avons connu depuis une vingtaine d'années est en voie de disparition, y compris dans son bastion du parti républicain. Ce que nous allons vivre maintenant est peut-être son dernier spasme.


Publié le 7 février 2017 par Thibault Laconde


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